Encore une belle semaine pour l’équipe KYKLOS, qui est allée à la rencontre de Marco « Jinkgo » Garnier, responsable esport chez Riot Games et tout particulièrement responsable de l’Open Tour. Il nous fait part des ambitions de l’éditeur ainsi que de sa manière d’organiser l’évènement qui anime la scène compétitive française en ce moment.

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Au centre : Jinkgo lors de la Gamers Assembly à Poitiers, fin avril

KYKLOS : Salut Jinkgo ! Merci de nous accorder cette petite interview ! Alors pour ceux qui ne te connaissent pas est-ce que tu peux te présenter rapidement ?

Riot Jinkgo : Salut ! Et bien je suis Marco “Jinkgo” Garnier, je travaille pour Riot Games, éditeur du jeu League of Legends, en tant que esports Lead France. Je m’occupe en ce moment d’un grand projet qui s’appelle l’Open Tour.

K: Et est-ce que tu peux nous parler de ton parcours ?

J : Alors j’ai fait Sciences Po Paris campus Europe de l’Est à Dijon, j’étais très intéressé par la construction européenne et la mixité des cultures au sein de ce continent. Pendant mes études je me suis pas mal penché sur les communautés qui se lient via le virtuel, notamment par le jeu vidéo qui est une grande source de lien social, plus particulièrement avec l’e-Sport. Il faut se souvenir qu’à l’époque l’e-Sport était loin d’attirer autant l’attention (je me souviens notamment, concernant League of Legends, la finale de la saison 1 se déroulait dans une petite salle, certains joueurs étaient par terre, les commentateurs étaient sur un bureau mais il n’y avait aucun branding…). Donc j’ai fait mes recherches, publié deux-trois papiers, et introduit Sciences Po et ses étudiants au monde l’esport.

Ensuite, j’ai fait un tour de l’Europe de l’Est pour accompagner quelqu’un qui avait juste mis un post sur Reddit en expliquant son projet de voyage. Le plus incroyable, c’est que les gens, juste parce qu’il était joueur de League of Legends, l’accueillaient, alors qu’ils ne le connaissaient pas, et qu’ils ne parlaient pas la même langue. Cette ouverture d’esprit m’a fasciné. Je l’ai donc suivi tout en interviewant les gens qui l’hébergeaient, et tout ceci a débouché sur une prise de contact avec le Community Manager de Riot en poste à Dublin. J’ai postulé car Riot recherchait deux Community specialists et en 2014 je suis engagé chez Riot en tant que Community Coordinator à Dublin. J’y suis resté deux ans et Riot a ouvert des bureaux en France, que j’ai rejoint.

K : D’ailleurs, en parlant d’esport français, on va évoquer le LOL Open Tour. On le rappelle c’est un championnat qui se déroule toute l’année au gré des divers tournois, opposant diverses structures françaises, et qui couronnera à la fin l’équivalent d’un champion de France de League of Legends. Comment ça se passe jusqu’à présent ?

J : Ca se passe bien. On a de bons retours des participants et des fans. C’est rassurant puisque c’est quand même pour eux que le produit est conçu. Il n’y a que deux étapes pour l’instant, la Lyon e-Sport (ndla. voir notre résumé de la Lyon Esport) et la Gamers Assembly, mais on a vu beaucoup d’équipes se monter, avec des joueurs d’un niveau Diamant-Master, et cela crée une émulation assez agréable. Par ailleurs, on a aussi tout l’aspect broadcasting, la diffusion des matchs qui sont joués dans le cadre de l’Open Tour, qui attire tout un viewership assez conséquent et très intéressé par la scène française.

K : Et quels sont les objectifs de l’Open Tour, à la fois à court terme et à long terme ?

J : L’objectif est finalement assez similaire à la fois sur le court terme et le long terme. C’est de permettre l’émergence de talents sur la scène française. L’idée est que si tu as un bon niveau, tu sais que tu vas devoir passer par l’Open Tour pour te faire repérer et pourquoi pas intégrer une plus grosse structure. L’objectif est aussi de permettre à des structures de s’investir dans une compétition récurrente et régulière, et leurs faire gagner en visibilité. Enfin, pour les fans, c’est leur permettre d’avoir accès à du contenu compétitif régulier et de suivre l’évolution des structures et de leurs joueurs préférés.

K : On dynamise vraiment toute la scène pro pour émuler la scène amateur finalement ?

J : Exactement !

K : Et est-ce que ce format d’Open Tour est amené à être développé dans d’autres pays ou vous voulez vous concentrez sur la France ?

J : Chaque pays a son indépendance sur le format. Moi je bosse sur la France et lors de l’établissement de la stratégie, le modèle de l’Open Tour nous a semblé être le plus approprié, mais cela a été fait en fonction de la France, d’un contexte et des attentes du public.

K : Et concernant League of Legends, est-ce que tu penses que le jeu a atteint sa forme finale ou est-ce qu’il va être amené à encore évoluer ?

J : Personnellement, j’estime que le jeu est assez mature et qu’il faut être plus dans une optique de pérenniser le jeu dans un aspect plus culturel. Pour prendre un exemple, dans le football, sans forcément être un grand joueur, on va toujours avoir des informations dessus, lier des contacts au sein du milieu et évoquer la compétition… donc cette volonté de faire en sorte que LOL fasse partie de ta vie, que tu sois membre de cette communauté et surtout que tu en sois fier, je pense que c’est à cela que le jeu devrait aspirer.

K : En parlant de pérennité, évoquons la concurrence. Des jeux ont récemment connu un succès impressionnant, on pense notamment à Fortnite, PUBG, globalement des Battle Royale. Qu’est-ce que tu penses de ce type de jeu ? Et surtout, en tant que spécialiste de l’e-Sport, penses-tu que ces jeux ont un avenir sur une scène compétitive ?

J : Je ne pense pas que ce type de jeu ait un avenir je dirais esport « hardcore ». Le modèle de compétition classique qu’on connaît sur Starcraft ou sur League of Legends même si on a pas mal innové dans ce domaine, est difficilement transposable au Battle Royale. Il y a beaucoup plus de joueurs, beaucoup plus d’équipes à suivre, des morts qui ont lieu en même temps etc. Je crois que les éditeurs réfléchissent à cette problématique mais pour l’instant personne n’a vraiment la réponse. Après, dans un aspect plus « casual », avec du contenu quand même diffusé, avec la présence d’influenceurs, comme on a vu au “Show Barrière” cela peut donner des événements divertissants, mais ce type de jeu connaît des problèmes plus systémiques rendant impossible la création d’un système de ligue par exemple.

K : Et te concernant, quels sont tes plans pour l’avenir ?

J : Je me vois bien rester chez Riot, l’Open Tour est un projet hyper intéressant, il y a tout un monde à construire, y a une communauté qui a envie de s’investir dans ce projet, et ça me fait vibrer. Donc je ne me vois pas m’arrêter avant d’avoir atteint un certain pallier. Depuis le temps que je suis dans le milieu j’ai pu voir des gens évoluer, je pense notamment à TraYton, qui vers 15-16 ans se battait déjà dans des Challenges France en jouant depuis chez lui ! Maintenant il a son salaire chez Gentside, il participe à de grandes compétitions, il a son « path to pro » qui est déjà établi… C’est ce type d’évolutions que j’ai envie de continuer à voir, et plus encore !

K : Très bien ! Et bien, toute l’équipe te remercie d’avoir répondu à nos questions, c’est très agréable de voir que les gens dans le milieu et de faire partager cela aux personnes qui nous suivent !

J : C’est normal. Merci à vous !

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