L’esport dans les grandes écoles. L’emlyon, première grande école à déclarer l’esport comme discipline académique ! Rencontre avec le directeur des sports : Mickael ROMEZY !

 

KYKLOS : Salut Mickael ! J’espère que tu vas bien, merci de nous accorder un peu de temps pour discuter des dernières annonces faites par l’emlyon ! Pour commencer, peux-tu rapidement te présenter et nous dire quel est aujourd’hui ton rôle dans l’équipe pédagogique de l’école ? 

Mickael : Je travaille à emlyon depuis maintenant 7 ans, et au poste de Directeur des sports depuis 3 ans. Mon rôle est plutôt simple : dès qu’on entend le mot sport, je suis dans la boucle. Que ce soit le sport pour les étudiants, les projets associatifs, ceux en lien avec les entreprises, les programmes spécifiques sport, l’accompagnement des sportifs de haut niveau, ou l’entreprenariat. Finalement, c’est plutôt complexe, car le champ est large.

Je suis régulièrement en déplacement entre les différents campus, d’ailleurs de plus en plus à Paris, car la demande y est plus forte.

K : L’emlyon business school a développé le programme Sport Makers, peux-tu nous en parler rapidement ?

M : Le programme Sport Makers se veut inclusif et open source. C’est un ensemble d’acteurs du sport souhaitant faire partie d’une communauté ayant une passion commune pour le fait sportif, en tant que fait social global, et c’est également l’objet de leur business. La communauté s’articule autour de 4 piliers :

  • Pédagogie, développement des compétences et employabilité, au travers de parcours spécifique ;
  • Sport et enjeux sociétaux : socialisation, féminisation, santé/bien être, handicap, au travers du projets sport makers et d’un observatoire des pratiques ;
  • Innovation, disruptions technologiques, nouveaux business, transformation des modèles, au travers de projets sport-entreprises sur lesquels nous accompagnons les partenaires dans le développement de nouveaux business-models et de nouveaux projets ;
  • Productions intellectuelles et croisement des intelligences au sein d’un écosystème multi-acteurs (académiques, entreprises, filière sport, étudiants, entrepreneurs…), via l’ensemble de notre communauté.
K : Mais finalement, en quoi cela est le rôle d’une école de commerce ? On s’éloigne un peu de la finalité première non ?

M : Effectivement, cependant, nous nous insérons sur un marché global, où il y a des besoins de formation. Nous cherchons à transformer la société avec le modèle du sport. C’est aujourd’hui notre facteur privilégié pour réaliser l’objectif mais il pourrait y avoir d’autres acteurs de la formation dans ce pool là (pourquoi pas des écoles d’ingénieur par exemple ?). Nous voulons apporter une solution clé en main pour permettre aux athlètes de haut niveau de performer tout en leurs fournissant un support de qualité pour leur après-carrière, ce qui n’est pas forcément aujourd’hui le cas sur le modèle français. Notre finalité initiale est bien la formation, nous appliquons donc ce modèle au sport en répondant aux besoins d’un marché spécifique.

K : Toujours dans cette lignée d’innovation permanente, l’emlyon vient d’annoncer que les étudiants pourront désormais valider des crédits ECTS en jouant à League of Legends, l’un des jeux vidéo les plus connus au monde. Premièrement, pourquoi une telle décision ? Qui décide de prendre une telle posture à contre-courant ?

M : La décision a été prise cette année de valoriser le sport au sens large par des crédits ECTS, pas seulement l’esport et League of Legends. Pourquoi ? Eh bien, à emlyon, on sait qu’au travers des pratiques sportives, physiques ou psychiques quelles qu’elles soient, nous développons des connaissances et compétences qui nous seront utiles, demain, dans un autre contexte. Nous avons choisi de les valoriser. Bernard Belletante, notre DG, nous soutient dans notre démarche dans le sens où les early makers doivent être des pionniers, découvrir de nouveaux territoires, aller au-delà des horizons connus. C’est pourquoi, nous avons choisi de lancer l’esport de manière officielle, comme n’importe quelle autre pratique du programme sport offerte aux étudiants. Au niveau des écoles, l’esport est nouveau et nous voulions être les premiers à faire les choses correctement !

K : Mais qu’en pensent les parents des étudiants ?

M : Nos étudiants sont les faiseurs du marché de demain, donc effectivement, l’avis de leurs parents n’a pas été pris en compte dans la balance car le futur se passe chez les jeunes et ce sont aussi eux qui décident de leur orientation. Nous voulons donc proposer des postions avant-gardistes à nos étudiants, mais nous laisserons toujours le choix d’adhérer ou non à tout ça. Il y a une vraie réflexion sur la consommation instantanée, l’individualisme, la recherche du plaisir rapide et nous voulons nous insérer sur ces problématiques-là.

K : Comment ce programme esport va-t-il donc se concrétiser exactement ?

M : Comme sur l’ensemble de nos programmes sport, nous lançons un cours avec un coach professionnel dont la mission est de faire progresser le vivier de joueurs et de sélectionner une équipe compétitive qui pourra représenter l’école sur les compétitions, au plus haut niveau possible.
Le coach a été recruté grâce à l’association gaming de l’emlyon grâce à son niveau sur le jeu et avec des expériences esport assez crédibles. Il a déjà été coach sur d’autres jeux.

L’idée est aussi de s’associer à un lieu pour regrouper l’équipe en un lieu physique, mais cela ne va pas être possible pour le moment. Donc nous démarrons avec un créneau online mais nous espérons avoir un lieu dédié d’ici peu. L’objectif ensuite est d’aller rapidement sur l’internationalisation de ce cours sur nos différents campus, notamment en Chine et en Inde où le gaming recèle un potentiel incroyable ! C’est peut-être aujourd’hui le sport qui nous permettra de lier le plus nos différents campus !

K : Généralement, la première réaction, lorsque l’on parle de cette décision avec des personnes extérieures, est une réaction prévisible : ils soufflent et disent que cela est ridicule, que l’esport n’est pas un sport. Vois-tu ceci aujourd’hui comme le sport traditionnel ou considères-tu qu’il s’agit d’une discipline à part entière ? 

M : Effectivement, des réticences peuvent apparaitre, car entre les sportifs pur jus, traditionnels, et les adeptes des nouvelles pratiques, notamment digitales, il y a un monde, qu’il nous faut combler de manière pédagogique. A l’école, nous avons déjà fait le choix il y a longtemps de développer des activités émergentes. L’esport s’inscrit donc dans cette démarche de coller le plus possible à la réalité des pratiques de nos étudiants, mais également pour suivre le marché.

Pour moi, l’esport représente donc une discipline à part entière et entièrement à part.  Je m’explique : entièrement à part car on casse les codes, on digitalise et on ne vit pas la performance physique de la même manière que sur un sport traditionnel. Mais à part entière car les joueurs s’entrainent énormément, comme de véritables sportifs professionnels, avec des coachs, et les compétitions sont nombreuses, intéressantes et à l’échelle mondiale ! L’esport a réussi en seulement quelques années ce que les sports traditionnels peinent encore à développer : la globalisation ! C’est tout bonnement spectaculaire !

K : Le projet a été soumis par l’association étudiante Plug & Play, qui s’occupe des évènements gaming de l’école, le projet était-il déjà en réflexion ou cela vient uniquement de l’impulsion étudiante ?

M : Le projet était déjà à l’étude et en discussion au sein de l’équipe sport. Mais j’avoue que la démarche étudiante nous a conforté dans l’idée de le faire vite et bien ! Pouvoir s’appuyer sur les compétences de nos étudiants est un plus indéniable que nous utilisons le plus souvent possible. En effet, ce sont eux qui font le marché de demain.

K : Il s’agit là d’un signe fort tant sur le marché de l’apprentissage que pour le marché de l’esport. Quels sont les ambitions de l’école tant sur la façon d’enseigner l’esport que sur sa façon d’entrer sur un marché qui est encore souvent dénigré par les corps académiques ? Comment l’administration de l’école et notamment le directeur, voit-il le développement de ces initiatives ?

M : Comme je l’ai dit précédemment, nous avons l’entière confiance et l’entier soutien de notre directeur qui voit bien sûr dans ces pratiques, le marché et l’économie de demain. Enseigner l’esport, c’est également une porte ouverte sur la digitalisation pédagogique, la possibilité de connecter les mondes, pour nous, nos campus français et étrangers, mais encore une source de partenariats prometteurs.

Le sport en tant que tel est déjà une fenêtre ouverte sur la société de demain, en ce sens que l’esport a toujours une longueur d’avance et peut être perçu comme son reflet précurseur. Avec l’esport, on va encore plus loin : je pourrai reprendre la formule de Coubertin et des JO : « citius, altius, fortius » ! (ndlr. « plus vite, plus haut, plus fort »). C’est évidemment provocateur mais c’est un fait que les modèles se transforment et que nous allons devoir les accompagner tout en montrant que l’activité sportive est importante dans le développement de nos étudiants.

K : C’est donc un message fort aussi envoyé aux autres écoles de commerce, mais pas que ! Qu’aurais-tu à leurs dire à ce sujet ?

M : Si j’ai un message à faire passer, c’est bien de leurs dire de nous rejoindre dans cette démarche.  Nous voulons être capable d’organiser un évènement étudiant, afin de montrer l’intérêt de la pratique, mais aussi montrer que l’activité sportive est importante dans le développement de nos étudiants. L’esport a aujourd’hui un vrai potentiel sur la nouvelle génération et il est dans notre intérêt à tous de prendre en compte ces considérations !

K : League of Legends est aujourd’hui votre porte d’entrée, avez-vous pour ambition de vous étendre sur d’autres jeux ? 

M : Nous avons décidé de nous focaliser sur League of Legends cette année pour expérimenter le modèle. Si les objectifs sont remplis, l’idée est d’étudier les potentialités de jeu et d’en sortir de nouvelles line-up et nous répondrons présents selon les demandes des étudiants.

K : Il y a aujourd’hui une vague d’intérêt pour l’esport de la part des écoles et universités dans le monde entier (notamment sur le marché américain) avec la création de ligues étudiantes. Avez-vous des projets dans ce sens-là ? 

M : Oui, effectivement. Le projet principal de cette année va être pour nous de créer et d’organiser la première coupe de France des écoles de commerce en esport. Nous avons déjà soumis l’idée à la commission de la fédération étudiante qui a accueilli le projet de manière plutôt bienveillante ! Une fois le modèle validé, nous tenterons un déploiement mondial au niveau des écoles, tout en sachant que nous ne sommes pas les seuls sur le créneau, mais nous avons en tout cas envie de faire partie de l’aventure.

K : Imaginons que demain, un joueur professionnel de League of Legends vienne vous voir en vous demandant d’intégrer le programme Sports Makers, quelle serait votre position sur le sujet sachant que l’esport n’est pas encore considéré comme un sport à proprement parler légalement ?

Il peut venir dès demain dans mon bureau ! Nous serions ravis d’accueillir dès septembre prochain sur notre global BBA hybride SHN, un ou plusieurs joueurs de esport, pour les accompagner dans un double projet de performance sportive et d’excellence académique.

K : Génial ! Merci beaucoup Mickael ! Ça fait vraiment plaisir de voir ces dynamiques au sein des écoles ! On te souhaite bonne chance sur ces merveilleux projets ! Et bien sûr, on espère pouvoir vous épauler sur certains aspects liés au déploiement de votre équipe League of Legends !

 

L’application est disponible en bêta ! Alors rejoins la meute ! 

1 Comment

  1. Baptiste BENAZZI

    novembre 8, 2018 - 6:11

    Vraiment top !

Leave A Comment