Cette semaine nous échangeons avec Damien “HyP” Souville, support en Overwatch League pour l’équipe des Paris Eternal. Il revient notamment sur son expérience passée avec les champions d’Europe Eagle Gaming et sur ses ambitions avec sa nouvelle équipe composée en totalité de joueurs européens.

 

KYKLOS : Salut Hyp ! Comment ça va ?

HYP : Salut ! Ça va très bien merci et toi ?

KYKLOS : Nickel ! Pour ceux qui ne te connaitraient pas encore est-ce que tu peux te présenter s’il te plaît ?

HYP : Je m’appelle Damien, j’ai 22 ans, et je suis joueur pro sur Overwatch en tant que Flex Support pour l’équipe de Paris Eternal.

K : Est-ce que tu peux nous détailler ton parcours avant de jouer pour Paris ?

H : J’ai commencé dans l’esport sur Shootmania à l’époque. Je jouais déjà avec SoOn, AKM, Unkoe, Winz ou encore Leaf (tous joueurs professionnels d’Overwatch aujourd’hui, voire en équipe de France pour certains, ndlr). Après avoir obtenu quelques résultats satisfaisants sur le jeu j’ai arrêté la compétition. J’ai repris à la sortie d’Overwatch avec des potes de Shootmania. Au bout de quelques semaines j’ai intégré Gamers Origin. Et à partir de là, tout a commencé lorsque j’ai signé mon premier contrat pro. Je suis resté un an chez GO. Ensuite je suis rentré chez Eagle Gaming où je suis resté un peu moins d’un an. Et maintenant je suis chez Paris.

 

K : Est-ce que tu peux nous détailler ce que ça implique d’être joueur pro sur Overwatch ?

H : C’est beaucoup de sacrifice, beaucoup d’entrainement, mais ça c’est la compétition ça ne s’applique pas qu’à Overwatch. On se remet beaucoup en question, on réfléchit beaucoup sur le jeu pour faire en sorte de le connaître parfaitement. C’est un jeu très rapide mais qui demande beaucoup de réflexion. Donc je vais dire qu’on joue six heures par jour minimum. Ensuite on va prendre un temps pour regarder ses propres entraînements pour corriger ses erreurs.

 

K : Justement est-ce que cette partie de review elle t’a toujours pris autant de temps ? Je sais que Daemon, ton futur coach chez Paris, en fait énormément donc est-ce que tu es prêt à prendre cette habitude de travail ?

H : Ca dépend. Chez Eagle on en faisait très peu. On en faisait uniquement lorsqu’on sentait qu’on en avait vraiment besoin. Nos entraînements se passaient tellement bien qu’on ne jouait pas forcément beaucoup, mais quand on jouait on était à fond. Notre niveau de jeu n’était pas parfait, mais on avait tellement de bons résultats qu’on voulait éviter de se prendre la tête à faire de la VOD review, à tout remettre en question alors que ce qu’on faisait ça marchait. On en faisait que pour progresser en 2CP (un des modes de jeu compétitifs d’Overwatch, ndlr). Par contre chez Paris, je travaille beaucoup plus la vidéo pour essayer de m’améliorer. La méta va évoluer également, et j’ai encore pas mal de travail à effectuer sur les compos dive par exemple, ou même concernant la maîtrise de certains champions comme Ana.

Ca ne me dérange pas de faire beaucoup de VOD review. parfois c’est même plus utile que de jouer car on manque de recul lorsqu’on joue. Je n’aime juste pas quand on se lance dans des débats acharnés sur des choses qui ne me concernent pas ou sur de petits aspects presque insignifiants.

 

K : Avant de jouer pour Paris tu étais donc chez Eagle Gaming. Quel bilan tires-tu de cette expérience ?

H : En vrai, j’en tire énormément de positif. Certes on a eu des galères. Au début ce n’était pas simple il a fallu gérer un groupe de douze. Mais finalement, on n’a jamais cessé d’évoluer, de progresser chez Eagle. Ce qui m’attriste le plus c’est qu’un joueur comme Baud, qui est un excellent coéquipier, une personne adorable en privé, et surtout un excellent joueur, n’a quasiment pas joué de la saison et n’a donc pas eu de visibilité. Mon principal regret chez eagle c’est ça, c’est qu’on avait des joueurs très talentueux sur le banc. Sinon le reste c’était une belle aventure. J’ai beaucoup appris.

 

K : Comment s’est passé ton processus de recrutement chez Paris ?

H : J’ai fait plusieurs trials, et ce qui m’a aidé, c’est que je connaissais bien Daemon, et les français qui gèrent la structure. Ils savent qui je suis, comment je travaille. Après le titre de champion d’Europe a dû aider mais ce n’est pas suffisant puisque nous ne sommes que deux anciens Eagle à être désormais en Overwatch League Nico et moi. Du coup, il faut se remarquer, être dans les meilleures équipes européennes, sortir un peu du lot, être clutch. Et une fois en trial il faut montrer que tu es monstrueux mécaniquement et capable de faire la différence en Overwatch League. J’ai l’impression que ce que recherchent les recruteurs d’OWL ce sont des joueurs clutch, alors que je pense que des joueurs centrés sur le collectif sont plus utiles. Overwatch évolue dans le sens du jeu d’équipe selon moi. Une équipe de six personnes qui joue ensemble gagnera contre une équipe de six individualités si fortes soient elles.

 

K : Est- e qu’il n’y a pas aussi la prise en compte de la psychologie du joueur ? J’entends par là qu’on va également rechercher des joueurs vivables au quotidien et qui s’intègrent facilement à un groupe. Par exemple chez Eagle, beaucoup de joueurs étaient très forts à leur poste, et pourtant il y en a peu en OWL.

H : Je pense que chez Eagle on avait une image d’OTP c’est-à-dire que les joueurs ne savaient jouer qu’un seul champion. On joue tank parce qu’on ne sait pas jouer le reste pour faire simple. Mais les gens ne se sont pas rendus compte du niveau qu’on avait chez Eagle Gaming. Les analystes OWL l’ont dit, l’équipe de France l’a dit aussi, Eagle Gaming était la meilleure équipe au monde en termes de composition tank. Mais je pense que les gens ne s’intéressaient pas à nous, surtout en Amérique, parce qu’ils pensaient qu’on ne jouait que la composition GOAT et qu’ils savaient soi-disant la contrer.

 

K : C’est d’autant plus surprenant que de l’avis général, si Eagle Gaming était allé au mondial, l’équipe aurait battu la Corée et aurait gagné les Worlds.

H : Moi j’en suis persuadé qu’on aurait battu la Corée. Sauf en cas de choke à cause de la pression bien sûr. Mais regarde bien le UK, qui bat contre toute attente l’équipe US en jouant tank, et qui accroche véritablement la Corée en demi-finale. Ça veut dire qu’à ce moment-là, c’était la composition tank/GOAT qui était méta, et comme on l’avait énormément travaillé, on avait de l’avance sur ce genre de composition et on aurait pu battre n’importe qui.

 

K : Quelles sont tes ambitions pour le projet Paris Eternal ?

H : En tant qu’équipe, je pense qu’atteindre les playoffs ce serait vraiment énorme. On a le roster et le staff pour le faire honnêtement. Et individuellement, je veux être un bon teammate, apporter tout ce que je peux à l’équipe et éventuellement briller dans les matchs.

 

K : Justement individuellement parlant, est-ce que rejoindre l’équipe de France ce serait une aventure qui t’attirerait ?

H : Oui carrément ! J’espère que j’aurais la chance de vivre cela un jour. Après il y a d’excellents supports mon chemin, notamment Unkoe. Après je sais aussi que c’est un rythme assez épuisant. La saison d’Overwatch League est très intense, encore plus si tu vas aux playofffs, et faire une croix sur tes vacances et du temps avec tes proches pour retourner t’entraîner avec l’équipe nationale c’est quelque chose d’éprouvant mentalement. Mais je serais quand même content d’être pris en équipe de France. Ca reste une immense exposition médiatique et un événement important.

 

K : Tu es joueur professionnel, donc l’esport c’est ton métier. La scène esportive sur Overwatch s’est structurée assez solidement, avec une ligue et un système de franchise similaire à la NBA notamment. Est-ce que tu penses que c’est suffisant pour pérenniser l’esport sur Overwatch ?

H : Je pense que cela dépendra des choix de Blizzard. Mais je vois quand même Overwatch briller encore un moment. Blizzard font les choses correctement, ils s’investissent beaucoup dans l’esport. Mais c’est dur de prédire l’avenir en esport.

 

K : Un petit peu le phénomène Fortnite en somme…

H : C’est l’idée. Après, Fortnite c’est un peu paradoxal c’est de la compétition mais pour grand public. Ca attire du casual gamer. A l’inverse, Overwatch c’est fait pour ceux qui sont passionnés de jeux vidéo depuis un moment et qui rentrent vraiment dans le vif du sujet.

 

K : Un mot a été inventé pour décrire la direction que prend Fortnite vis-à-vis de ses compétitions, c’est “l’esportainment”.

H : Oui j’en ai entendu parler c’est de la compétition mais pour du spectacle.

 

K : J’en ai finis avec mes questions. Est-ce que tu as quelque chose à ajouter ?

H : Et bien merci KYKLOS pour l’interview. Merci pour l’attention portée envers Overwatch, le club de Paris ou tout simplement moi. Un grand merci à tous les supporters qui nous supportent et nous supporteront tout au long de la saison.

 

K : Bonne chance pour cette saison !

H : Merci et à bientôt !

 

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1 Comment

  1. Jean

    décembre 18, 2018 - 6:03

    Autant je trouve Hyp pertinent dans ses réponses, autant, je ne suis pas d’accord concernant Fortnite lorsqu’il parle de casual. Le niveau est extrêmement haut en compétition.

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