Dans l’esport depuis quelques années maintenance, Clément « LeLfe » Laparra s’est fait une place. De rédacteur chez aAa, à Manager de l’équipe LCS de Vitality, il est aujourd’hui le directeur de la section de détection de la prestigieuse équipe Française ! Son parcours, ses ambitions, son rôles, il nous dit tout ! 

KYKLOS : Salut LELfe ! Pour ceux qui ne te connaitraient pas est-ce que tu peux te présenter, en revenant sur ton parcours académique et sur ton itinéraire avant d’arriver dans l’esport s’il te plait ?

LELfe : Salut ! Et bien je m’appelle Clément, j’ai 32 ans. Oui je suis un peu un dinosaure dans le milieu. J’ai fait deux ans de prépa Maths puis un an en école d’ingénieur mais ça ne m’a pas plus donc je suis parti dans le commerce. Mais j’étais encore incertain sur ce que je voulais faire. Alors j’ai intégré des entreprises de service numérique et j’y ai travaillé entre 2011 et 2018. Et maintenant je suis dans l’esport.

 

K : Et dans l’esport justement par où as tu commencé ?

L : J’ai commencé sur Call of Duty en tant que joueur. Mais les études ont commencé à prendre beaucoup de place dans ma vie et j’ai abandonné le projet d’avoir un gros niveau sur le jeu. Quand je suis revenu, on était passé de CoD II à CoD Modern Warfare, et le gap de niveau était vraiment trop important, mais je voulais quand même resté au contact des joueurs de bons niveaux que j’avais fréquenté auparavant donc j’ai endossé le rôle de manager. Mon rôle consistait surtout à préparer des scrims, leurs faire des debriefs de temps en temps et les accompagner en LAN. C’était en 2007. D’ailleurs, à l’époque, Twitch n’existait pas, donc c’était assez difficile de suivre l’esport en direct, à part en écoutant des webradios. Et il y en avait une qui marchait assez bien, mais je trouvais que leur casteur CoD n’était pas assez renseigné sur le jeu donc je suis allé les aider. J’ai tout arrêté pour partir un semestre en Chine.

Quand je suis revenu, CoD commençait déjà à battre de l’aile, et le seul vrai jeu esportif à ce moment là c’était Starcraft II. Le jeu me plaisait bien, et même si mes amis sur CoD avaient arrêté, je souhaitais malgré tout garder un lien avec l’esport. Je me suis dit que j’avais quelques connaissances sur le milieu, que je savais écrire, donc pourquoi pas devenir rédacteur. Et finalement j’ai attendu les annonces de recrutement et c’est aAa qui m’a recruté. Une fois dans la structure, j’ai également pu exprimer mes compétences de manager donc j’étais aussi dans le staff de l’équipe Starcraft, j’ai pu bosser avec Pomf et Thud donc toute la clique O’Gaming, avec Gamekult aussi. Puis j’ai quitté aAa, et à ce moment là j’ai été contacté par RedBull, ce qui m’a conduit à sympathiser avec les gens de Vitality et c’est qui ce qui a permis mon arrivée dans cette structure.

 

K : Est-ce qu’il y avait une grande différence entre être rédacteur chez AAA et rédacteur chez RedBull ?

L : Sur aAa, tu t’adresses à des puristes, des spécialistes, donc tu te dois d’être un minimum technique et précis, mais du coup tu peux aussi te permettre des privates jokes avec la communauté. RedBull par contre, c’est plus grand public, donc tu es dans le storytelling.

 

K : Comment tu as fait, alors que tu étais plutôt porté sur CoD et Starcraft, et dont la profession était à la base d’être rédacteur, pour finalement devenir manager de l’équipe League of Legends de Vitality ?

L : je considérais avoir fait le tour de mon job, j’avais envie de changer. Vitality n’avait pas penser à me recruter à la base parce que manager n’est pas forcément le poste le plus gratifiant par rapport à ce que je faisais avant. Mais pour le coup, ils en recherchaient un, et moi ça m’intéressait, même si c’était pas un objectif de carrière en soi. Je me disais qu’il me fallait une porte pour intégrer la structure, pour ensuite faire autre chose que manager au sein de Vitality. Donc je suis allé vivre à Berlin un an, ça s’est bien passé, et j’ai resigné pour une année avec la confiance des dirigeants de Vitality.

 

K : C’est quoi ton rôle en tant que manager chez Vitality ?

L : Où que tu sois, le rôle de manager se situe quelque part entre la maman et le chef de projet. Parfois tu vas juste accompagner les joueurs dans des tâches basiques de la vie, alors qu’à d’autres moments tu vas te retrouver à être mêlé à la gestion des sponsors, à gérer la logistique de l’équipe. Pour résumer, mon rôle est de m’occuper de tout, pour que l’équipe n’ait plus qu’à s’assoir et performer.

 

K : L’équipe LOL de Vitality est allée participer aux Worlds en Corée, est-ce que tu peux nous raconter comme tu as vécu cette expérience ?

L : Déjà j’avais moins de travail puisque nous logions dans un hôtel, donc quasiment tout était fait pour nous. J’avais juste à m’assurer que les communications s’effectuaient bien et que nous satisfaisions les exigences de Riot. Donc pour moi en termes de travail c’était plus light par contre c’était plus intense. Une journée de compétition aux Worlds est plus stressante qu’une journée de LCS, parce que les timings sont beaucoup plus serrés.

D’un point de vue plus personnel, j’étais pas vraiment dépaysé puisqu’on passait quand même un temps certain avec les équipes de Riot Europe qu’on avait l’habitude de fréquenter en LCS. Même les salles où on a joué n’était pas si impressionnantes que ça. Finalement ce qui était impressionnant c’était que toutes les équipes logeaient dans le même hôtel, donc tu croisais Uzi, tu prenais l’ascenseur avec Doublelift, donc finalement c’était un petit monde de progamers.

 

K : Tu as eu l’occasion de discuter avec des managers d’autres équipes, venant de régions différentes, est-ce que tu peux nous détailler les différences que tu as pu constater entre le management à l’européenne et celui des autres ?

L : J’ai discuté avec des américains, notamment Stardust qui est un ancien de la scène Starcraft, un peu avec des gens de Team Liquid, et une chose est ressortie c’est que le staff était beaucoup plus important. Comme ils ont levé beaucoup d’argent, ils peuvent se permettre d’avoir de grosses équipes d’encadrement de leurs joueurs.

 

K : Suite aux Worlds, tu as continué jusqu’à la fin de l’année en tant que manager. Mais est-ce que tu peux nous parler de ton poste actuel ?

L : Alors actuellement je suis Directeur de la détection de talents. C’est un énorme chantier. On part du postulat que le scouting n’existe pas ou peu, et stratégiquement ça pourrait être intéressant d’être les premiers à repérer de jeunes talents, et deuxièmement d’être un acteur principal de l’économie qui va avec la prise en charge et le développement de jeunes talents. J’entends par là qu’on ne veut pas faire de l’achat pour revendre, mais plutôt créer un grand réseau mondial d’acteurs qui connaissent leur scène locale pour effectuer des repérages. Et trouver des experts dans divers jeux car je ne suis pas spécialiste de tous les jeux. Et l’idée va être de repérer, soit en fonction d’une demande spécifique de notre part, soit suite à une veille un peu plus générale. Autre chose, si jamais je tombe sur un taïwanais très prometteur, je ne peux pas l’envoyer en LEC directement. Donc il va nous falloir des partenariats avec des clubs locaux pour assurer le développement du joueur, de la même manière que dans le sport traditionnel.

 

K : Comment s’est passée la création du roster LFL ?

L : On avait posté sur notre site une annonce permettant aux joueurs de postuler. A l’issue des tryouts, nous avons finalement retenu 10 joueurs, puis seulement 3. Et on a pu entrer en négociation pour recruter les deux derniers joueurs. Ensuite on a recruté le staff. Et honnêtement on est satisfait de nos résultats.

 

K : Comment tu vois la scène esportive française évoluer ?

L : C’est la conséquence de l’explosion mondiale de l’esport. La France est pour le coup une des locomotives de l’esport, et de plus en plus de gens essayent de faire des choses, comme entreprendre, mais surtout de faire les choses bien. Maintenant, les exigences sont plus grandes, donc le milieu ne peut que progresser. De plus, de plus en plus de gens en vivent. Il y a de plus en plus de pros donc de plus en plus de spectacle donc de plus en plus de gens qui sont prêts à payer pour voir ça, donc plus d’argent donc plus de pros et on est dans un cercle vertueux.

 

K : Et bien c’est tout pour nous. Merci beaucoup c’était très intéressant !

L : Merci pour ces questions !

 

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